Contre la haine, l'amour. Le Festival des musiques d'Essaouira sera placé, cette année, sous le signe de la fraternité. Pour cette édition, trois plates-formes sont prévues: la musique, la culture avec un imposant colloque agrémenté de conférences et une exposition sur l'histoire des gnaouas.
Concernant la musique gnaouie, plusieurs groupes africains participeront à cette édition. Outre les mâalems marocains qui se produiront ensemble lors d'un concert collectif le samedi 28 juin, il y aura le célèbre Gnaoua Diffusion, dirigé par le fils de Kateb Yacine, véritable culte qui s'est fait une vocation de marier world music et transe gnaouie. Ce même groupe clôturera le festival, le dimanche.
Diversité
Les mélomanes, portés par les tendresses de la musique gitane, verront le groupe Musafir du Radjahstan, mélange de mélodies enracinées dans une tradition cosmopolite et voyageuse et d'une nostalgie revisitée. Nomades, perpétuant une tradition de pérégrinations grâce au talent d'un Hameed Khan Kawa, fondateur et maître du tablas, ils marient la musique venue de Jaïpur, en Inde, et la chorégraphie, donnant à voir et à entendre une musique spirituelle captivante à plusieurs égards.
La présence des gnaouas de Tunisie prolongera aussi un héritage commun du Maghreb, autrefois carrefour d'échanges transnationaux. Le groupe le plus fabuleux du Niger, Kassey, sera aussi de la partie. Grâce à son animateur, Yacouba Moumouni, chanteur et danseur exceptionnel, le groupe connaît un succès international. Autres groupes participants, Wijdan, synthèse entre musiciens du Mali et gnaoua marocains réunis autour de Sibiri Samaké et Brahim El Belkani et les Bnet Houariate, de Marrakech, miroir d'un art maintenu à travers une tradition renouvelée. Au niveau des artistes qui joueront en solo, instruments personnalisés, art cultivé et poussé à son raffinement extrême, il y a Keziah Jones (voir article ci-dessous).
Côté expositions picturales, d'immenses portraits couvriront les remparts de la ville pendant toute la semaine que dure le festival. En noir et blanc, ils retracent l'histoire des maîtres de la musique gnaouie à travers une fresque où souffle le parfum d'une nostalgie rare. Ces portraits datent de l'année 1900 et terminent leur parcours à l'année 1930, illuminant une partie significative de l'humanité où les frontières n'étaient pas encore figées et où Essaouira-Mogador confortait son ancrage international.
Cette exposition de photos évoque des visages africains d'une époque qui rappelle la conquête coloniale avec ses clichés et ses soifs d'exotisme coloré. Enfin, sous le thème «Quels rôles pour la musique dans les conflits sociaux et politiques?», le colloque sera animé par le Professeur Mathew Lavoie, de l'université de Michigan, USA, et connaîtra la participation de Mohamed Achaari, ministre de la Culture, de Mohamed El Gahs, secrétaire d'état à la Jeunesse, de Ghita Elkhayat, psycho-thérapeute, de Rajae Benchemsi, romancière, entre autres personnalités.
En somme, cette sixième éditon du festival des musiques d'Essaouira ralliera musique et culture dans une ambiance de convivialité et de fraternité.